L’Opéra de quat’sous

Par Marilou Rytz

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J’aurais voulu noter tant de répliques de passages.

J’aurais voulu les ressortir ici, parsemer mon texte de phrases ironiques, grinçantes, ou parfois simplement touchantes. Phrases à réflexion. Phrases critiques. Avalanche de mots tantôt beaux, tantôt effrayants, mais surtout diablement véridique.

J’aurais voulu vous offrir ces mots comme ils m’ont été offerts

Je ne peux. J’ai laissé tomber mon stylo les lumières à peine éteintes. Je ne l’ai pas ramassé.

Dommage.

Je ne peux pas vous citer fidèlement le texte. Je ne peux pas vous rapporter ce que mes oreilles ont entendu.

Mais je peux vous parler de sentiments. De sensations. Il y a ce frisson le long de la nuque, qui descend chatouiller les reins lorsque Polly se métamorphose en Jenny la Pirate. Les voiles du navire qui se gonflent, les misérables qui attendent la mort. Et tour à tour, chaque interprète m’entraîne dans un monde parallèle. Je vole, suspendue à leur souffle. Des histoires tragiques, des amours tordus et distordus, la violence et l’amitié. Une tempête. Les chansons vibrent en moi, bien que les lumières soient depuis longtemps rallumées.

Magie du théâtre. Magie et pourtant, l’intrigue en est dépourvue. Des êtres cupides, malheureux, cruels. Sans foi ni loi. Mais amoureux. Mais amis. Mais parents. Et tellement universels. Intemporels. N’a-t-on pas affaire aux plus vieux métiers du monde ? Prostituées, voleurs et mendiants. Il y a toujours eu des délaissés. Des mal-aimés. Et des puissants pour les opprimer. On aime à fermer les yeux. Des enfants qui croient que ce qu’ils ne voient pas n’existe pas.

Je suis heureuse d’avoir fait tomber mon stylo. Ainsi, j’ai vu.

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La corneille

Par la Compagnie Marin

Texte Lise Vaillancourt
Mise en scène François Marin
Avec Anne-Marie Yerly, Christine Vouilloz et Coline Ladetto
Scénographie Elissa Bier
Lumières William Lambert
Régie générale Estelle Becker
Costumes Scilla Ilardo
Maquillage Séverine Irondelle
Création sonore Thomas Sillard
Régie plateau Sébastien Milesi et Léo Piccirelli
Photos Mercédès Riedy

Par Marilou Rytz

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La relation entre une mère et sa fille. Non, entre une femme et son homme. Non, non. Entre une femme et sa voisine. Pas d’avantage, mais pas moins non plus. La relation entre la camomille et la salutation au soleil, entre une pochette rouge au miroir brisé et une corneille, entre un frère et un téléphone. La relation entre les hommes et la mort. Oui. Mais non. La relation entre les hommes et l’amour. Peut-être bien. Peut-être. La relation entre toutes ces choses et bien d’autre encore.

Il y a énormément à dire sur la Corneille. Mais je préfère me taire. Ce qui me tient le plus à cœur c’est de remercier trois actrices de talent. Merci. Vous m’avez appris à respirer.

LA FIN DU MONDE EST POUR DIMANCHE

De et avec François Morel

Mise en scène Benjamin Guillard
Scénographie, lumières et vidéo Thierry Vareille
Effets vidéos et post-production Etienne Waldt
Assistanat lumière Alain Paradis
Musique Antoine Sahler
Son Medhi Ahoudig
Costumes Christine Patry
Collaboration artistique Lionel Ménard
Direction technique Denis Melchers

Par Marilou Rytz

LA FIN DU MONDE EST POUR DIMANCHE - Manuelle Toussaint - 05

« Je veux te faire des souvenirs pour plus tard ». Un grand-père à son petit-fils.
Ce grand-père à la voix tremblotante, c’est François Morel. Entouré d’une épaisse couverture jaune, il évolue dans la brume du couchant.
Son petit-fils c’est tous ceux qui un jour ont eu la lumineuse idée de venir assister à la programmation de la fin du monde, et d’ainsi « se faire tant de souvenirs pour plus tard ».

Souvenirs.
Le piano pianiste.
Un enfant qui se croit insensible à la magie du cirque.
Une étrange nativité commentée en directe.
Une huitre déchaînant la passion amoureuse.
Un acteur raté, mais passionné.
Le monde qui passe de main, en mains, par la voie des airs.
Souvenirs des illusions magiques de François Morel.

Il y a les souvenirs qu’on se fait, et ceux qu’on avait déjà, que tel un magicien, François Morel fait revivre. Des musiques et des artistes d’un autre temps. L’illusionniste souffle sur la poussière du temps qui recouvre les chansons de Sheila ou les films avec Jean Gabin et c’est avec délice qu’on les retrouve, sans une ride.

Il y a tout ce qu’on voudrait conserver dans notre cœur à tout jamais.
La chance de n’être que mardi matin.
L’assurance que rien n’est grave sauf la mort, qui elle-même n’est pas si grave.
Avant tout, cette merveilleuse capacité à voir le bonheur avant qu’il ne s’en aille. On apprend à dire merci pour un sourire, un moment partagé, un être cher.

Si la fin du monde est pour dimanche, c’est qu’il y a une semaine à savourer. Une semaine à vivre pleinement. Il ne faut jamais l’oublier.

LA FIN DU MONDE EST POUR DIMANCHE

De et avec François Morel

Mise en scène Benjamin Guillard
Scénographie, lumières et vidéo Thierry Vareille
Effets vidéos et post-production Etienne Waldt
Assistanat lumière Alain Paradis
Musique Antoine Sahler
Son Medhi Ahoudig
Costumes Christine Patry
Collaboration artistique Lionel Ménard
Direction technique Denis Melchers

Par Laura Deladoëy

LA FIN DU MONDE EST POUR DIMANCHE - Franck Moreau - 03

« Ça vous dirait qu’on vieillisse ensemble ? », voilà ce que François Morel propose dans son spectacle. Le vieux bonhomme nous prend sous ses ailes, comme il prendrait ses petits-enfants et nous emmène un moment. Il change le décor, varie le ton et s’amuse en chanson. Les personnages défilent, reviennent, repartent et prennent vie… à tel point qu’une huître pourrait être notre amie. On rit, on sourit, on rit, on rêve, on rit, on réfléchit, on rit et c’est fini ! Le public est ravi d’avoir un peu vieilli avec lui.

CONTES ABRACADABRANTS

D’après Franz Hohler
Mise en scène Sylviane Tille 
Adaptation Robert Sandoz
Assistanat à la mise en scène Catherine Büchi
Scénographie, costumes et masques Julie Delwarde
Lumières Mario Torchio
Musique François Gendre
Avec Céline Cesa, Claire Forclaz, Lionel Frésard, Vincent Rime
Co-production Cie de L’éfrangeté, Equilibre-Nuithonie-Fribourg
Avec le soutien de La loterie romande, la Corodis et Pourcent Culturel Migros

Par Marilou Rytz

Contes abracadabrants_Aurelien Aldana (6)

« C’est joli. Très joli » « Oh oui, c’est vraiment joli ». Les adultes s’extasient. Les enfants, eux, se taisent. Ils sont bien trop occupés à observer, écouter et admirer.

Observer. la scène qui ne cesse de se transformer. Les masquent qui apparaissent et disparaissent dans un ballet fantastique. Les costumes délirants qui permettent aux conteurs de se muer en acteurs. Ou serait-ce l’inverse ?

Ecouter. les contes. Les personnages. Les explosions. La musique.

Admirer avant tout ces histoires qui prennent vie devant eux, devant nous. Des histoires folles, sans princesse (ou presque), sans dragons, sans sorcières et autres enchanteurs. Mais emplie de personnages merveilleux, un mille-pattes, l’habitant d’une bouteille de sirop, une avalanche. Et des enfants.

Les enfants perçoivent ce qui est caché aux adultes. Ils savent observer, écouter. Ils savent admirer.

Franz Hohler écrit pour eux. Et pour tous ceux qui voudront, l’espace de quelques contes, retrouver leur âme d’enfant.

MODUS OPERANDI

Par la Compagnie Les Héros Fourbus
Conception et mise en scène Danièle Chevrolet et José Manuel Ruiz
Jeu et manipulation Virginie Hugo, Danièle Chevrolet et José Manuel Ruiz
Musique originale Françoise et Stéphane Albelda et Raphaël Pitteloud
Enregistrement Gunt Productions
Régie Fanny Hugo

Par Marilou Rytz

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Ça commence par un mail : « Vous êtes détenteur d’un billet pour Modus Operandi. Veuillez prendre note que le spectacle dure 1 heure environ. Il a lieu sur scène et le public se tient debout durant la représentation. » Debout pendant une heure, d’accord. Mais sur scène ? Mille questions. Combien serons nous ? Peu sans doute. Et très proche des comédiens… On ne va quand même pas devoir jouer ?! L’angoisse.

Arrivée au théâtre. « Non, ne montez pas. On viendra vous chercher. » On ne monte pas. On attend. Et effectivement, on vient nous chercher. Une porte dérobée, des escaliers, les entrailles du théâtre. Et la scène. Rideau fermé. Tentures noires. Murs de plastique. On entre dans une chambre d’hôpital. Malade de papier mâché. Sourires gênés. Toussotements.

Le spectacle commence et on finit de lâcher prise. Modus Operandi ne se raconte pas. Modus Operandi se vit. Se sent. Se ressent. Bouleverse. Interpelle. C’est l’âme qui vibre. Sentiments et émotions se mêlent, s’entremêlent pour résonner dans tout notre être.

Modus Operandi c’est accepter la surprise. Se laisser porter. Modus Operandi, c’est s’envoler avec quatre marionnettistes de talent dans les tréfonds de la poésie humaine. Modus Operandi, c’est apprendre à pleurer et rire de l’intérieur.

Modus Operandi, c’est simplement beau.

Anne Roumanoff

Par Marilou Rytz

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Noir.

Musique. Explosion de lumière.

Apparition de celle qu’on surnomme « la tornade rouge ». Tonnerre d’applaudissements.  On l’aime déjà. On est content d’être là.

Et tout de suite, le ton est donné. En quelques minutes, Anne Roumanoff nous évoque son poids, son âge, son homme, ses enfants, le président de la république, le sexe et la crise.

Noir.

Les sketchs se succèdent, tous plus hilarants mais oh combien intelligents les uns que les autres. Anne Roumanoff se  métamorphose sans cesse sous nos yeux, et si sa couleur est le rouge, ses personnages ont toutes les teintes de l’arc-en-ciel.

Noir.

Il y a cette touriste américaine qui critique la France en attendant qu’on veuille bien lui servir un café. Noir. Et Mélanie, ado un peu perdue devant la conseillère d’orientation. Noir. Cette femme qui cherche désespérément à refaire ses papiers d’identité. Noir. Cette autre qui assiste au mariage lesbien de sa fille. Noir. La membre du FN qui veut épouser un tunisien. Noir.  Il y a la téléréalité. Noir. Le terrorisme. Noir. Les amis des enfants et leurs parents. Noir. Des toxines partout. Noir. La réforme orthographique.

Noir. Et l’amour. Toujours l’amour.

L’amour, Anne Roumanoff en met dans chacun de ses personnages.  Tous sont grands d’humanité. Des caricatures, mais des caricatures tendres. On rit beaucoup, mais on pleure aussi.

Noir.

Le public est debout. Les mains battent le rythme avec frénésie. On l’aime encore plus. Et on est heureux d’avoir vécu ce moment magique.

Lumière dans la salle.